Forum de mathématiques - Bibm@th.net
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#1 24-01-2010 08:16:11
- gatha 13
- Invité
Pour ou contre l'enseignement de l'histoire.
Cette question est turlupinante. L'enseignement de l'histoire doit-il rester obligatoire dans les sections scientifiques.
Pour avoir enseigné durant 35 ans, j'avoue mon inaptitude à trancher.
Il semble normal de penser que cela ne peut pas nuire à l'accomplissement de l'Etre. L'histoire est une matière qui aide à comprendre le présent, et pour rester dans le domaine des mathématiques, j'ai adoré l'histoire des grands découvreurs, leurs motivations, leurs rivalités, leur course à la découverte de PI, de e etc...
Mais toutes ces choses, je ne les ai pas apprises à l'école ... J'ai simplement choisi mes lectures.
Par contre, j'ai subi, à contrecoeur, des matières jusqu'à la fin de mes études, comme l'anglais, le sport ... où il fallait absolument avoir la moyenne, et qui me pesaient, voire m'encombraient ou me parasitaient.
J'en garde toutefois un certain niveau. Je suis capable de converser en anglais avec presque tout le monde, sauf ... les anglais, qui rient systématiquement quand je m'adresse à eux.
Un collègue enseignant de mathématiques très brillant m'a dit qu'il avait failli échouer le CAPES pour toutes ces matières "annexes".
Bonne journée à tous.
#2 24-01-2010 12:21:53
- yoshi
- Modo Ferox
- Inscription : 20-11-2005
- Messages : 17 385
Re : Pour ou contre l'enseignement de l'histoire.
Salut,
Tourments d'une brûlante actualité...
Moi, je suis pour, ainsi que celle des matières "annexes"...
Ce n'est pas tout à fait dans le sujet, mais j'ai un texte qui répond en partie à la question.
Mais d'abord, je plante le décor...
Un jour, il y a 15 ans (!), je trouve en salle des profs affiché ça :
Le gratin et le lec
Voilà le grec et le latin qui vont revenir en force, nous dit-on, dans le cursus scolaire. Ce n'est peut-être qu'un effet d'annonce sans portée pratique. On verra. Mais voilà aussi qu'on nous ressort tous les arguments éculés en faveur de l'enseignement de pépé. Il est indispensable d'apprendre ces langues mortes parce qu'elles nous donnent l'étymologie des mots français, assure-t-on.
Certes, Etymologiste c'est un métier d'avenir ; on embauche beaucoup dans ce secteur. Autre argument : ces langues enseignent à raisonner avec logique et rigueur. Autre réponse : c'est ce que font toutes les langues ; des cours d'allemand ou d'arabe auraient le même effet, et seraient plus utiles aujourd'hui. Nous ririons beaucoup si l'on nous disait que, pour faire de la moto, il faut commencer par apprendre à monter à cheval.
La langue française est dans le même cas. Si on souhaite que les élèves en sachent les finesses, c'est le français qu'il faut leur enseigner, et pas autre chose. Avec d'autres méthodes et d'autres programmes, probablement ; l'accord du participe passé est important, mais pas plus que le chiasme ou l'anacoluthe qui restent plutôt ignorés. Et l'histoire littéraire chronologique, qui propose à un âge tendre les difficultés linguistiques de Rabelais et de Montaigne, pourrait laisser la place à une autre approche. Mais les gouvernements se méfient de ceux qui maîtrisent la langue. Si on allait s'apercevoir qu'ils nous abreuvent de mots vides et de phrases creuses !
P.E.
En le lisant avec mon pote prof de techno, je fais la réflexion suivante : << ces arguments ne valent rien, ils peuvent être retournés comme des crêpes ! >>.
Et mon pote de me pousser du coude en rigolant : << Et bin, t'attends quoi ? >>
Le lendemain, j'affichais ceci :
Le gratin et le lec II - Le retour
Adoncques, propagée par nos étranges lucarnes, une nouvelle a mis en émoi le landernau des échotiers : latin et grec, que d'aucuns promettaient déjà à l'obsolescence, allaient retrouver une seconde jeunesse !
Et de s'indigner...
L'homme moderne n'irait-il donc plus, habillé grunge, soliloquant en verlan sur fond musical Rap ?
L'homme d'aujourd'hui, et de demain, ne serait-il né de personne, l'inconscient collectif produit d'aucune civilisation ? « Nous apprenons de l'Histoire que nous n'apprenons rien de l'Histoire » a dit HEGEL : cette formule prend un relief tout particulier aujourd'hui.
Notre civilisation, nos coutumes, notre mémoire collective ont été modelées par une longue évolution qui mêla heureusement les apports les plus divers, grecs et latins au premier rang d'entre eux. La langue, véhicule de la connaissance, de la transmission du savoir, induit les modes de pensée : que le français soit une langue latine (essentiellement) mâtinée de grec, n'est donc pas sans conséquence pour sa maîtrise et son appropriation par tout un chacun.
Au vain prétexte que bicyclette et moto ne sont pas mues par des énergies de même origine, quoique l'une ait précédé l'autre, faudrait-il proscrire la pratique de la "petite reine" comme passéiste ? C'est pourtant ce que sous-tend l'expression "enseignement de pépé". Les contempteurs des langues mortes, nolens volens, seront tôt ou tard rattrapés par le train de l'histoire : on ne se coupe pas impunément de son passé, sauf à vider de son sens le présent !
L'homme moderne sera un être accompli, s'il parvient à enrichir sa culture du XXIe siècle, l'informatique et ses satellites, multimédia et vidéo (ciel, du latin !), qui prennent une place chaque jour plus importante dans nos vies, de la connaissance de son passé. Par un brutal et paradoxal retour en arrière, devrait-on aussi, au nom de cette modernité naissante, brûler les livres comme supports techniquement dépassés ? Nos enfants seraient-il alors encore capables, pauvres en humanités mais es sciences en ...tique experts, de s'écrier devant ce spectacle de triste mémoire : « Sic transit gloria mundi » ?
Jean BAMBOIS
La phrase de Hegel figurait sur la page de garde de mon cahier d'Histoire en 1ere, pour voir la réaction du prof...
Il en avait rigolé et simplement dit << Mon ami, cela va plus bien plus loin que ce que vous pouvez imaginer ! >>
Ce prof était passionnant, l'Histoire chez lui était vivante, c'était un vrai polar par moments...
L'année suivante en Math Elem, j'héritais d'une prof d'Histoire en fin de carrière, toute grise, toute menue, à la voix basse et chevrotante, se contentant de débiter son truc...
Avec Maths et Physique à l'écrit coeff 4 chacun, français et LV1 coeff 1 chacun...
Et l'Histoire et les matières "annexes" --> présence à l'Oral obligatoire !!!
Alors, nous n'avons pas fait d'efforts, nous non plus...
Et je ne me suis réintéressé à l'Histoire que beaucoup beaucoup plus tard avec "Les hommes de la Liberté" de feu Claude Manceron qui n'a jamais fini sa "saga" qui devait aller de la mort de Louis XV à l'arrivée de Bonaparte pas encore Napoléon 1er"...
Et c'est là que je me suis dit, qu'en cours, souvent on m'avait fait rater des tas de choses.
Ce n'est pas la matière en elle-même qui m'avait paru inintéressante, mais nombre de mes profs d'alors...
Et ce constat est vrai de toutes les matières."annexes" ou non !
Un prof est une sorte, un peu spéciale, de "comédien", donc en tant que tel, on devrait lui apprendre à jouer avec sa voix !
Cela dit, je ne renie rien de ce que j'ai écrit, je crois que la finalité de l'Enseignement (chez nous, ailleurs je ne sais pas) est de former des têtes bien "pleines", mais aussi bien faites ! Et j'adhère à ceci.
Donc, pour avoir des têtes bien faites (selon l'expression de Montaigne), les matières "annexes" (différentes selon l'orientation choisie) sont indispensables à la formation ante-Baccalauréat et donc l'Histoire, entre autres, pour un matheux...
Pourquoi supprimerait-on l'Histoire à un matheux ? Dans ce cas, la question se pose aussi de la SVT, en poussant "de la Techno", voire de la Physique : pourquoi imposer cela à quelqu'un qui se sent "appelé" à être prof de maths ? De quoi cela lui servira-t-il dans son boulot ?
Le raisonnement poussé à l'extrême conduit à des "têtes d'oeufs" formattés à leur matière, et audit formattage incompatible avec celui d'un autre spécialiste...
Triste humanité que celles où les sciences humaines (justement) auraient disparu du cursus scientifique de base ! Peut-être aussi faudrait-il revoir et adapter les contenus ?
Bon, j'ai été un peu bavard...
@+
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#3 24-01-2010 13:27:48
- gatha 13
- Invité
Re : Pour ou contre l'enseignement de l'histoire.
Bonjour, et bon dimanche.
Satisfait de ta réponse, Yoshi, mais qui ne fait qu'alimenter une polémique: Comment enseigner, et pourquoi?
Pourquoi payer des enseignants, qui vont transmettre quoi?
D'accord pour dire qu'un minimum reste indispensable. Encore que, si l'on recence le nombre de façons de multiplier, on peut humblement dire qu'on est pas exhaustif.
Je range en premier lieu l'apprentissage d'une lecture, qui me semble être une clé.
Une bonne semaine à tous.
#4 24-01-2010 19:27:53
- nerosson
- Membre actif
- Inscription : 21-03-2009
- Messages : 1 658
Re : Pour ou contre l'enseignement de l'histoire.
Mon cher Yoshi,
Je ne sais pas si nous allons encore nous sauter à la gorge. Sais-tu que, si ça continue, je finirai par y prendre goût ?
Ce sacré Gatha de la Ciotat (à bas l' O.M.) nous a encore lancé sur un sujet fort peu mathématique, mais qui m'a souvent turlupiné aussi.
Sérions les questions.
Mon père, qui,n'avait pas fait de latin, avait pour cette langue une sorte de respectueuse considération et la considérait comme le symbole même de la culture. Il était extrêmement autoritaire et je filais doux : il entendait que je fasse du latin, j'ai fait du latin (j'ai échappé au grec d'extrême justesse).
On nous dit : ça façonne les jeunes esprits. Et les déclinaisons, ah ! les déclinaisons ! quelle merveilleuse gymnastique pour ces jeunes intelligences en formation ! Et quelle incomparable base pour parler le français de l'élite (L'élite ! Ça ne te rappelle rien, Yoshi ?).
Je m'efforce de parler un français potable. Je mentionne au passage que je hais l'imparfait du subjonctif : il est dans la langue française comme une verrue sur le nez de Marilyn Monroe. Mais vous, les coupeurs de cheveux en quatre, n'était-il pas inévitable que vous ressassassiez cette question et que vous rêvassassiez de me clouer au pilori ?
Mais revenons à nos moutons, comme dit ma femme en balayant sous notre lit. Il est assez rare que je me réfère à l'étymologie latine d'un mot, et si je le fais ça ne m'apporte pas grand chose. Quant aux déclinaisons, on peut plus utilement faire leur connaissance en étudiant l'allemand.
L'histoire, c'est un tout autre problème. Je considère qu'on n'est pas tout à fait français si l'on n'a pas au moins quelques bonnes notions d' Histoire de France. C'est une sorte de patrimoine. Je suis parfois scandalisé quand j'entends certains candidats dans des jeux télévisés. Il y a peu, j'ai vu une enseignante sécher sur une question dont l'ignorance aurait valu quatre heures de colle à un élève de sixième.
Bien sûr, si on me questionne sur une question concernant le rock and roll, ou les chansons, ou la Star Académie, je serai tout aussi ridicule aux yeux des jeunes générations. Mais je pourrai toujours me retrancher derrière Alzheimer. Il faut bien que le grand âge ait lui aussi quelques privilèges.
Pour terminer (enfin !, pense Freddy, si toutefois il est arrivé jusque là), on envisage d'éliminer l'histoire seulement dans certaines catégories des classes supérieures du secondaire. Il restera toujours à ceux qui voudront s' en donner la peine quelques années pour éviter de confondre Philippe-Auguste avec Philippe VI.
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#5 25-01-2010 10:52:04
- freddy
- Membre chevronné

- Lieu : Paris
- Inscription : 27-03-2009
- Messages : 7 457
Re : Pour ou contre l'enseignement de l'histoire.
Bonjour,
que serions nous sans mémoire ? Rien, et surtout pas des êtres humains.
L'Humanité apparaît quand on commence à enterrer nos morts, quand on convient qu'il y a un début et une fin, un commencement et une fin, et que nous en traçons les limites, de façons certaines ou partiales.
L'Histoire est notre mémoire collective, elle fait partie de notre développement collectif, elle est le lien "logique" entre hier, aujourd'hui et demain, elle répond à la question : pourquoi "ici et maintenant ? ", elle permet de d'expliciter "comment en sommes nous arrivés là ? et, accessoirement, elle permet d'éviter de faire deux fois les mêmes erreurs.
Plus au fond, de quelle Histoire parlons nous ? Celle des idées (lesqueslles ? ), des faits (lesquels ?), des choix (politiques, économiques, collectifs, individuels, ... ), de l'enchaînement des faits, des découvertes ...
J'ai un peu de mal à y voir clair. Peut-être pourrions nous demander l'avis à ... un historien ? ou un philosophe ?
Dernière modification par freddy (25-01-2010 18:47:10)
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